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Tribune de Jean Marc BRANCHE
Conseiller régional de Picardie-Nord-Pas-de-Calais
Conseiller municipal et communautaire de Compiègne

L’illettrisme est un fléau social, subi en ce vingt et unième siècle par encore 7 % des Français et 11 % des habitants des Hauts de France. Son émanation 2.0, l’illectronisme est une problématique encore plus préoccupante, car elle touche 23 % des Français, qui se disent en délicatesse avec les nouvelles technologies du numérique et constitue bien souvent une suite corrélée de l’illettrisme, aggravant ainsi l’exclusion sociale et professionnelle pour les personnes impactées. Les nouvelles générations, avides de technologies et de réseaux sociaux, ne sont pas épargnées, car écrire en langage SMS n’exclut pas l’incapacité à appréhender les documents officiels dématérialisés. Instagram et What’s App ne constituent pas non plus un remède contre les lacunes grammaticales et orthographiques pandémiques.

Alors que la dématérialisation quasi totale des documents officiels est actée pour 2022 par l’Etat, nous devons considérer le combat contre l’illectronisme comme l’un des chantiers les plus importants de ces prochaines années. Il s’agit d’être pragmatique, en mettant en lumière les territoires les plus sensibles, en ciblant les publics les plus fragiles, en élaborant des actions de communication afin d’amener ces personnes à se former, ou même à dépasser la simple crainte de pousser la porte des organismes de formation certifiés. Nous devons penser nos actions prioritairement pour ces publics qui nécessitent des actions adaptées, car l’illectronisme est indéniablement protéiforme. Il est également indispensable de relier ce combat à la disparition définitive des zones blanches, non couvertes par les réseaux, qui constituent un handicap supplémentaire pour nos zones rurales.

A l’heure où la révolution du numérique et de ces adaptations professionnelles détermine les orientations économiques de demain, il ne peut être question de laisser un quart de notre population sur le bord de la route. Il ne s’agit pas non plus de penser cette problématique en seuls termes d’assistance ou de formation, mais plus philosophiquement de savoir quel monde nous souhaitons promouvoir, entre la maîtrise des outils, et la compréhension ou l’analyse critique des informations qui sont mises à la portée de chacun d’entre nous.